Formidable chanteur alliant les capacités vocales d’un Blues-shouter à la subtilité et la diction des meilleurs interprètes de Jazz, Jimmy WITHERSPPON savait comme aucun autre artiste, faire swinguer chaque mot de ses interprétations avec sa voix chaude de velours. Excellant dans tous les styles, du Blues à la Soul en passant par le Jazz, c’est à l’âge de cinq ans qu’il découvre ses talents de chanteur, en faisant partie de la chorale de l’église familiale, la Baptist Church. Puis en 1941, Jimmy WITHERSPOON s’engage dans l’US Navy où stationné à Calcutta, il découvre le Blues et fait ses débuts artistiques au sein du groupe de Teddy WEATHERFORD, un pianiste originaire de Chicago. C’est cette première expérience de la scène qui lui donne en 1942, l’envie de devenir chanteur professionnel. Démobilisé, Jimmy WITHERSPOON retourne en 1943 en Californie, où après avoir rencontré les jeunes talents du Blues-shouting, Joe TURNER et Jimmy RUSHING, il croise sur sa route Art TATUM, Slam STEWART, T. Bone WALKER et Jay "Hootie" McSHANN, un pianiste et chef d’orchestre qui l’engage dans sa formation. Cette collaboration qui durera six ans, donne à Jimmy WITHERSPOON l’expérience nécessaire pour lancer parallèlement sa carrière solo, dont les débuts officiels ont lieu en 1945 sous le label Philo. De 1946 à 1952, Jimmy WITHERSPOON enregistre toute une série de hits, dont "Ain’t Nobody’s Business" (en écoute sur cette page), une reprise d’un titre de Bessie SMITH, arrangée et modernisée par Jay McSHANN, et qui devient N°1 R&B. Sa notoriété lui permet à cette époque de jouer dans les lieux les plus prestigieux des Etats Unis, comme l’Apollo à New York, le Royal à Baltimore, le Melody à Hollywood ou encore le Flame Show Bar à Detroit, et ce jusqu’à l’arrivée du Rock’n’roll. Car fidèle au Blues, Jimmy WITHERSPOON refusant de réorienter son répertoire, connaît alors des déboires financiers qui le font sombrer dans l’alcoolisme. Il faut attendre 1959 et son passage triomphal au Monterey Jazz Festival, pour retrouver Jimmy WITHERSPOON sur scène et jouer alors avec les plus grands noms du Jazz, comme Ben WEBSTER, Coleman HAWKINS, Gerry MULLIGAN, Jon HENDRICKS, Benny GOLSON ou encore Count BASIE. Mais bien décidé à revenir vers le Blues, Jimmy WITHERSPOON grave en 1963 l’un de ses meilleurs albums, "Evenin’ Blues", en compagnie de T. Bone WALKER, avant d’enregistrer "Hush" en 1969 avec Charles BROWN, Red HOLLOWAY et Earl HOOKER. Alors que l’engouement pour le Blues électrique touche les jeunes américains, toujours fidèle au Blues jazzy, Jimmy WITHERSPOON s’associe pourtant à Eric BURDON, l’ancien leader des Animals, pour partir en tournée. Accompagné de l’orchestre régulier d’Eric BURDON, le groupe de funk noir californien WAR, Jimmy WITHERSPOON se retrouve donc sur scène pour participer à cette expérience musicale, celle d’un funk latino-américain fortement teinté de rhythm and blues. Puis Jimmy WITHERSPPOON grave l’album "Love Is a Five Letter Word", dont le succès en 1974 relance sa carrière. Il s’offre parallèlement une incursion vers le côté plus rock du Blues, en enregistrant un live avec le guitariste Robben FORD. Pendant dix ans, tournées, émissions de radios et de télévisions prestigieuses se succèdent aux Etats Unis, en Europe et au Japon pour Jimmy WITHERSPOON, sur un rythme qui ne ralentira qu’avec l’arrivée de la maladie. En effet, atteint d’un cancer à la gorge au milieu des années 80 et qui lui sera fatal fin 1997, Jimmy WITHERSPOON ne se produit plus alors que sporadiquement dans les clubs d’Hollywood, la ville où il vit alors. Il trouve pourtant encore la force d’enregistrer deux excellents albums, "The Blues, The Whole Blue and Nothing But The Blues" en 1992 et "Live at The Mint" en 1995, qui témoignent que son talent est resté intact. Avec une carrière qui s’étale sur un demi-siècle, Jimmy WITHERSPOON aura prouvé qu’il était plus qu’un simple Blues-shouter. Car avec sa capacité à chanter tous les styles, du Blues au Jazz en passant par la Soul, il avait ce talent unique, celui de cette incroyable aisance à se jouer de l’éclectisme de ce répertoire qu’il nous a légué. Jimmy WITHERSPOON, un artiste complet, qui a joué un rôle essentiel pour faire entrer pleinement le Blues dans l’histoire de la musique populaire américaine.
© texte NPO pour Abc Blues & Soul. Octobre 2009 | Je vous conseille de découvrir la richesse de l’univers musical de Jimmy WITHERSPOON, au travers de l’abum "Jazz Me Blues: The Best of Jimmy Witherspoon", paru en 1998 sous le label Prestige. Regroupant 20 titres enregistrés entre 1956 et 1969, cet album offre une belle opportunité au regard de son prix, pour survoler la première époque de la carrière de cet artiste au talent incroyable. Le titre "Wee Baby Blues" qui décida Jay McSHANN d’engager Jimmy WITHERSPOON au sein de sa formation au début des années 50 est présent sur ce disque, ainsi bien évidemment que le hit "Ain’t Nobody’s Business". Si votre budget vous permet une dépense supplémentaire, l’album "Jay's Blues" paru chez Charly en 1991, prolongera de manière judicieuse votre rencontre artistique avec Jimmy WITHERSPOON. Car, rassemblant 24 titres gravés durant les seules années 50, cet album vous donne la possibilité d’élargir votre écoute de cette époque incontournable de l’œuvre discographique de cet artiste.
Pour appréhender pleinement le talent d’interprétation de Jimmy WITHERSPOON dans les registres Blues, Jazz et Jump, et son incroyable aisance à se jouer de tous ces styles, je vous suggère l’album "Blowin' in from Kansas City" paru en 1993 sous le label Flair. Regroupant 20 titres, sur lesquels Jimmy WITHERSPOON est accompagné pour l’occasion de Jay McSHANN, Maxwell DAVIS, Tiny Webb et Chuck NORRIS, cet album représente sans aucun doute un résumé parfait du Kansas City Blues et donne toute la mesure des capacités vocales de « crieurs » de ce très grand chanteur. Le sax ténor Ben WEBSTER est également invité sur le titre "I’m Going Around In Circles", ou le solo qu’il nous délivre, justifie à lui seul l’achat de cet album.
Enfin pour les passionnés, le coffret 4Cd "Urban Blues Singing Legend", reste l’investissement indispensable pour parcourir véritablement toute l’œuvre que Jimmy WITHERSPOON enregistra entre 1945 et 1953. Avec un total de 108 titres présents sur cet album, le label JSP nous donne avec "Urban Blues Singing Legend" la possibilité de succomber au talent unique de ce très grand interprète, pour un prix vraiment raisonnable. Génial ! (lien commercial ci-dessous) Extraits de la totalité des titres de "Jazz Me Blues: The Best of Jimmy Witherspoon", ci-dessous. |