Si le nom de Big Joe TURNER reste encore attaché aujourd’hui à la ville de Kansas City, l’une des scènes les plus dynamiques de la musique noire américaine dans les années 30, celui que l’on considère comme le père des Blues-shouters fut pourtant bien plus cela. En gravant notamment en 1954 pour Atlantic Records "Shake Rattle and Roll", titre qui ouvrit la voie du Rock’n’roll, il devint l’un des pionniers du genre. En effet beaucoup plus que le père spirituel des Blues-shouters, dont le style naquit sans l’ombre d’un doute dans la ville natale de Big Joe TURNER, Kansas City, celui que l’on surnomma le "boss of the blues" fut l’un des rares grands créateurs à avoir su combiner le Blues, le Jazz et le Rhythm and Blues pour créer cette musique qui reste encore d’actualité aujourd’hui, le Rock’n’roll. Après la naissance du Kansas City Blues, ce style à la grande liberté d’interprétation où le Blues et les riffs se combinaient à de longues improvisations de solistes et où le swing de Count BASIE, le saxophone de Lester YOUNG étaient soutenus par une section rythmique; les grandes formations comme celles de Count BASIE comprirent rapidement qu’elles devraient faire appel à des chanteurs puissants pour faire entendre leurs musiques dans les endroits bruyants où elles se produisaient. Naquirent alors les "hurleurs de blues" , les Blues-shouters, artistes sachant rivaliser avec le jeu des solistes grâce à leur grande capacité vocale et aptes à créer le spectacle avec leur forte présence scénique, dans un style proche des prêcheurs. Ainsi débuta la carrière de chanteur de Big Joe TURNER, d’abord aux côtés du pianiste Pete JOHNSON artiste de Blues originel (le boogie-woogie), avec lequel il amorça un duo au club Piney Brown’s Sunset, puis au sein des grands orchestres de George E. LEE, Bennie MOTEN, Andy KIRK et Count BASIE. Pendant presque quarante ans, Big Joe TURNER et Pete JOHNSON vont enregistrer ensemble des titres d’une grande modernité, qui après avoir lancé la folie du Boogie-woogie ou clairement annoncé le Rhythm and Blues, les mèneront jusqu’à inaugurer l’ère du Rock’n’roll. L’œuvre qu’il vont graver ensemble, donnera quelques uns des plus grands moments de la musique américaine. D’un autre côté, le parcours de Big Joe TURNER et sa carrière discographique vont faire tomber bien des clivages, car tour à tour musicien de la scène Jazz, du swing, du Rhythm and Blues et du Rock’n’roll, son influence va toucher aussi bien les Blues-shouters comme Eddie VINSON ou Jimmy WITHERSPOON que Ray CHARLES, B.B. KING, Lowell FULSON ou encore Little MILTON. Durant sa prestigieuse carrière, avec sa voix de baryton, Big Joe TURNER aura su s’adapter à tous les styles de musique populaire noire-américaine, du boogie, du Blues jusqu’au Jazz en passant par le Rock’n’roll, réussissant même à avoir un succès considérable auprès du public blanc avec notamment des titres comme "Flip, Flop and Fly" ou "Teenage Letter". Il faut dire que la capacité de Big Joe TURNER à ne pas se laisser enfermer dans un style, lui aura permis d’enregistrer en studio avec T-Bone WALKER, Otis SPANN et Georges SMITH en 1969, Johnny OTIS, Dizzy GILLESPIE, Roy ELGRIGE et Lloyd GREEN durant les années 70, puis avec Count BASIE, Eddie VINSON et Jimmy WITHERSPOON au début des années 80, élargissant ainsi chaque fois un peu plus son auditoire. Mais c’est également avec ses participations au From Spiritual to Swing en 1938, au Festival de Monterey en 1964 aux côtés de Big Mama THORNTON, à sa tournée avec l’American Folk Blues Festival en 1966, à son passage au Carnegie Hall en 1967 pour le trentième anniversaire de From Spirituals to Swing et à une tournée en 1974 avec le grand orchestre de Count BASIE, évènements qui auront bien rempli ses 70 ans de carrière, que Big Joe TURNER aura certainement le plus légitimé son surnom de "boss of the Blues". Incontestablement un géant du Blues, dont l’œuvre incontournable recèle quelques diamants, comme "How Long Blues", "Roll'em Pete", "Honey Hush", "TV Mama" qu’il enregistre avec Elmore JAMES, "Stormy Monday Blues", "When The Sun Goes Down", "Every Day I Have The Blues", "Cheery Red" et bien sûr "Shake, Rattle and Roll" son plus grand succès.
© texte NPO pour Abc Blues & Soul. Mai 2009
| Je vous conseille de découvrir l’œuvre de Big Joe TURNER au travers de l’un des albums suivants, "The Platinum Collection" ou "The Very Best of Big Joe Turner", selon leurs disponibilités. Parus respectivement sous les labels Warner et Rhino et regroupant 21 et 16 titres, l’un ou l’autre de ces albums vous permettra de toute façon d’établir un premier contact avec l’univers musical de Big Joe TURNER en découvrant toute la beauté et la densité de sa voix de baryton. Les deux albums cités ci-dessus présentent un ensemble de titres enregistré durant les années 50 et comprennent la plupart des chansons incontournables que Big Joe TURNER a gravé durant cette période. Si votre budget vous permet une dépense légèrement supérieure, je vous suggère l’album "The Definitive Blues collection", qui paru en 2007 sous le label Rhino, regroupe quant à lui 30 titres du père des Blues-shouters. Enregistrés également durant les années 50, les titres présents sur cet album constituent à coup sûr une véritable première approche de l’œuvre de Big Joe TURNER. Enfin si votre budget vous l’autorise encore, je vous conseille de compléter votre découverte artistique de Big Joe TUNRNER, avec l’album "Jumpin’ With Joe : the Complete Aladdin & Imperial Recordings" paru en 1994 sous le label Emi. Regroupant 18 titres enregistrés entre 1947 et 1950, cet album vous permettra ainsi de parcourir une partie de l’œuvre discographique antérieure aux albums conseillés précédemment. Pour les passionnés, le label Classics vous propose d’aborder au travers de quatre albums, réunissant chacun un minimum de 20 titres, la période 1941-1950 des séances studio de Big Joe TURNER. Une écoute exhaustive des chefs-d’œuvre que l’artiste enregistra durant ces dix ans et qui vous fera remonter à la source de cet héritage musical que nous a légué Big Joe TURNER. Un coup de cœur particulier pour le volume "1941-1946", qui malgré son prix un peu excessif, reste l’achat indispensable parmi cette collection que propose le label Classics. (lien commercial ci-dessous) Extraits de la totalité des titres de "The Platinum Collection", ci-dessous. Extraits de la totalité des titres de "1947-1948" |