Côtoyant dès son plus jeune âge l’univers musical du Blues avec son père Jim "Son" SEALS, tromboniste et propriétaire du Dipsy Doodle Club, un juke joints dans l’Arkansas, Son SEALS est déjà à l’âge de 13 ans un excellent percussionniste. Il accompagne alors à la batterie Robert NIGHTHAWK et Earl HOOKER, puis fonde son premier groupe The Upsetter en 1959, avant de se tourner vers la guitare à l’âge de 18 ans et de partir en tournée à travers tous les Etats Unis au sein de l’orchestre d’Albert KING.
Puis de passage à Chicago en 1963, où il rend visite à sa sœur, Son SEALS est alors convié pour quelques mois à jouer au sein des Roadmasters, la formation qui accompagne Earl HOOKER. Trois ans plus tard, c’est Albert KING qui fait de nouveau appel à lui pour occuper encore une fois le poste de batteur au sein de sa formation.
A la mort de son père en 1971, Son SEALS décide de s’installer définitivement à Chicago et complète l’influence d’Albert KING sur son style, par celles du Blues West Side de Magic Sam et du Blues au phrasé subtil de Fenton ROBINSON. Il joue à cette époque dans les clubs du South Side en compagnie de certains grands noms du circuit, comme Buddy GUY, Junior WELLS, Magic Slim ou encore Hound Dog TAYLOR.
Puis en 1973 Son SEALS est remarqué par le fondateur du label Alligator, Bruce IGLAUER, lors d’un concert qu’il donne dans le South Side de Chicago, au Flamingo Club. Il forme alors un nouveau groupe et enregistre en deux représentations qu’il assure au Flamingo Club Lounge et au Expressway, son premier album pour Alligator, le live "The Son Seals Blues Band". Très vite Son SEALS se fait une réputation d’auteur compositeur enflammé et son jeu à la guitare âpre et incisif qui accompagne son timbre vocal très rauque, lui permet d’obtenir une certaine notoriété.
Après plusieurs tournées en Amérique et en Europe, devenu une valeur sûre du Blues moderne, Son SEALS grave en 1976 son deuxième album, "Midnight Son", qui lui vaut une éloge unanime des critiques, qui le reconnaissent comme l’un des plus grands guitaristes, chanteurs, auteurs, compositeurs du Blues de son époque. Puis l’album "Live and Burning" enregistré au Wise Fools Pub et qui marque son retour au Blues traditionnel, donne l’occasion à Son SEALS en 1978 de retranscrire et d’immortaliser pour son public, l’énergie qu’il déploie à chaque fois qu’il monte sur scène. Toujours en tournée, Son SEALS et sa formation sont alors victime en Scandinavie d’un grave accident ferroviaire, qui décime le groupe et laisse leur leader profondément traumatisé.
De plus durant les années 80, Son SEALS subit l’arrivée d’une nouvelle génération de bluesmen, dont le style Blues Fm et populaire, comme celui de Robert CRAY, le relègue alors au rang de vétéran quasi-anonyme. Mais grâce à une série de cinq albums gravés jusqu’à la fin des années 90, Son SEALS par la qualité de ses compositions parvient tout de même à garder les faveurs du public, qui accueille avec enthousiasme chacun de ses nouveaux opus.
Après les albums "Chicago Fire" en 1980, qui contient de très belles compositions et "Bad Axe" en 1984, Son SEALS grave en 1991 "Living in the Danger Zone" qui inclut l’extraordinaire morceau "Frigidaire Woman". Puis après avoir enregistré "Nothing But the Truth" en 1994, son septième album, Son SEALS grave "Spontaneous Combustion" en 1996, album qui renoue avec ses enregistrements live et dont la qualité des titres enregistrés pour l’occasion au club Buddy Guy’s Legends, lui permettent de briller au zénith du Chicago Blues.
Mais le sort va alors s’acharner sur Son SEALS. Entre des périodes de chômage et quelques déboires financiers, Son SEALS suite à une dispute familiale en 1997 est blessé par balle à la mâchoire par son ex-femme. Parvenu à se rétablir et à reprendre ses tournées, Son SEALS malade depuis de nombreuses années du diabète, subit alors en 1999 l’amputation d’une jambe, des suites d’une sévère gangrène due à sa maladie. Mais avec le Blues tellement ancré dans ses veines et la soif de scène qui l’habite, Son SEALS revient une nouvelle fois dans le circuit et retourne en studio pour le label Telarc en 2000, enregistrer l’album "Lettin’ Go". Original, innovant, cet album prouve que Son SEALS cherche encore à progresser artistiquement et que sa créativité est toujours aussi débordante. Pour preuves, l’excellent titre "Give the Devil His Due", au tempo envoutant, le rythme funky des titres "Doc’s Blues", "I Got Some of My Money" et "Blues Holly Ghost", la magnifique ballade "Dear Son" et le groove de "Funky Bitch" ou le second guitariste Jimmy VIVINO co-producteur de l’album excelle. Enfin la puissance Soul-blues de "Hair on a Frog", morceau composé par VIVINO, révèle la personnalité musicale de Son SEALS et démontre également la qualité de production et des arrangements de cet album. "Lettin’ Go" illustre parfaitement le guitariste sensible et imaginatif ainsi que le compositeur original et créatif qu’est Son SEALS, et lui permet de renouer avec la très grande qualité de ses premiers enregistrements, jouant une fois de plus avec sa voix musclée et son jeu cinglant à la guitare, du très grand Blues.
Jusqu’en octobre 2004 Son SEALS continue de se produire chaque week-end autour de Chicago et participe également en 2002 à l’album hommage à Bo DIDDLEY, "Tribute To Bo Diddley", sur lequel il a composé le titre "My Story". Mais le 20 décembre 2004, Son SEALS décède à Chicago des suites de complications dues à son diabète. Après avoir reçu trois W.C. Handy Award (Blues Music Award), pour le meilleur enregistrement de Blues de l’année, en 1985, 1987 et 2001, Son SEALS aura en 30 ans de carrière donné au Blues de quoi largement mériter la place qu’il se doit d’occuper au sein des meilleurs bluesmen du Chicago Blues.
© texte NPO pour Abc Blues & Soul. Février 2009