Elle a mis au féminin le blues terreux des juke joints du vieux sud. Elle a imposé sa voix dans les bouges interlopes d’un Chicago qui en a fait sa reine. Son chant doit moins à Ma Rainey qu’à Howlin’ Wolf, ses manières à Bessie Smith qu’à Muddy Waters. Héritière affranchie de la grande Memphis Minnie, Koko Taylor balance un blues rocailleux, une pulsation intense, un souffle capable de coller une salle contre les murs. Un blues qu’on dirait d’homme et qu’on n’avait jamais entendu dans un tel état chez ses grandes anciennes. La jeune paysanne qui débarque dans le Chicago du début des années 50, avec deux blues à son répertoire et quelques cents dans sa poche, va peu à peu s’imposer au milieu du carré d’as occupé à transformer le blues des champs en orage électrique. | Repérée puis chaperonnée par Willie Dixon, le grand maître des disques Chess, elle quitte ses ménages dans les beaux quartiers pour les scènes exiguës du South Side, au milieu d’une brochette de musiciens au destin historique. | |
Elle assène son chant tonitruant en compagnie des meilleurs à leurs postes. Des guitaristes : Buddy Guy, Magic Sam, Robert Nighthawk, Hound Dog Taylor ou Mighty Joe Young ; des harmonicistes : Junior Wells et Walter Horton ; et le gratin des rythmiciens : Fred Below, les frères Myers, ...
Wang Dang Doodle | Le succès arrive en 1965. "Wang Dang Doodle" sert de déclencheur. Un titre écrit par Willie Dixon et qu’Howlin’ Wolf avait chanté du bout des lèvres parce qu’il trouvait que c’était de la chanson de corps de garde. Koko elle-même a renâclé au vu de ces paroles un brin délurées. Et pour tout dire les deux pensaient que cette trouvaille de Dixon ne sonnait pas très blues. |
Qu’à cela ne tienne, chez Chess d’abord, puis chez Alligator – soit deux des plus grands labels du blues des soixante dernières années – Koko se construit un répertoire profondément ancré dans le blues. Ce qui la distingue de la plupart de ses consœurs aux goûts généralement plus diversifiés : soul chez Etta James, jazz pour Billie Holiday ou encore gospel avec Sister Rosetta Tharpe. Couronnée jeune, la « Reine du Chicago blues » fera preuve d’une longévité artistique exceptionnelle. Quatorze albums et une pluie de récompenses qui en font la record (wo)man absolue des awards. Mais aussi, et peut-être surtout, des milliers de concerts donnés aux USA et en Europe. Car, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, Koko Taylor est une dévoreuse de planches, un show-woman incendiaire, un personnage charismatique qui crève l’écran – où elle a fait quelques piges – ce qui a fait d’elle, et ce n’est pas étonnant, une des premières artistes blues à voir son nom dépasser largement le cercle des amateurs du genre. | Dans sa discographie tout est bon, et quelque fois grand, comme ce "What It Takes : The Chess Years" qui reprend le meilleur des enregistrements historiques de son début de carrière, ou "I Got What It Takes", qui inaugure avec flamme, en 1975, sa collaboration avec Alligator. Mais aussi "The Earthshaker" le bien nommé, paru en 1978, et "Love You Like A Woman" de 1990. | |
I Got What It Takes I’m A Litttle Mixed Up Twenty Nine Ways Hey Bartender | Si Dixon lui a écrit la plupart de ses grands titres, il l’a aussi encouragée à écrire ses propres blues. L’ensemble donne un répertoire rempli de classiques, aux côtés de son "Wang Dang Doodle" : "I Got What It Takes", "I Love A Lover Like You", "I’m A Litttle Mixed Up", "Twenty Nine Ways", "Hey Bartender", "Let Me Love You Baby", "Voodoo Woman", "That’s Why I’m Crying", "I Can Love You Like A Woman", "Let The Good Times Roll", "I’m A Woman", ... |
Pionnière exubérante d’un blues de crieuse qui conjugue puissance et féminité, Koko Taylor a ouvert la voie à une nouvelle génération de chanteuses comme Queen Sylvia Embry, Jessie Mae Hemphill, Shirley Johnson ou Big Time Sarah. Sa vie a été dédiée au blues et, s’il n’y avait eu, en 1988, ce terrible accident de tournée qui lui enleva son compagnon de toujours et la brisa elle-même à moitié, on pourrait presque dire qu’elle se déroula comme un conte de fée, celui de la fille pauvre des champs finalement devenue reine. © texte JC LEGROS pour Abc Blues & Soul. Décembre 2009
| Je vous conseille pour faire un premier pas en direction du répertoire puissant mais féminin de Koko TAYLOR, de vous procurer l’album "Deluxe Edition", paru en 2002 sous le label Alligator. Regroupant 15 titres enregistrés entre 1975 et 2000, cet album explore sa discographie de l’album "I Got What It Takes" avec le titre "Voodoo Woman", à l’album "Royal Blue" avec le titre "Blues Hotel". Avec en prime l’inédit "Man Size Job" et une pléiade d’invités prestigieux, comme B.B. KING, Pinetop PERKINS, Mighty Joe YOUNG ou encore Carey BELL, cet album est vraiment intéressant. Si votre budget vous permet une dépense supplémentaire, je vous suggère de compléter votre découverte de l’œuvre de Koko TAYLOR, au travers de l’album "What It Takes : The Chess Years", dans sa version "bonus tracks", paru en 1977 sous le label Hip-O Select. Compilant 24 titres enregistrés entre 1964 et 1971, durant sa période Chess, cet album représente l’un des investissements indispensables pour survoler pleinement la carrière de Koko TAYLOR. Avec les standards "Wang Dang Doodle" et "I Got What It Takes", l’inédit "Blue Prelude", et les titres "Bills, Bills Bills and More" et "Let Me Love You Baby" extraits de son deuxième opus pour Chess en 1972 et difficile à se procurer aujourd’hui, cet album est vraiment incontournable. A noter, la présence de six titres supplémentaires, par rapport à la version sortie chez Chess à la même époque.
Enfin pour les passionnés, les albums "I Got What It Takes" et "The Earthshaker", constituent le duo d’albums originaux essentiel, pour parfaire votre découverte du répertoire de Koko TAYLOR. Parus respectivement en 1975 et 1978, sous le label Alligator, ces deux albums représentent sans l’ombre d’un doute, le meilleur des sessions studio que Koko TAYLOR réalisa sous cette étiquette. A noter, la présence des guitaristes Mighty Joe YOUNG et Sammy LAWHORN sur "I Got What It TAKES", et Johnny B. MOORE en plus de Sammy LAWHORN sur "The Earthshaker". Le saxophoniste Abb LOCKE est quant à lui de la partie sur les deux albums, alors que Pinetop PERKINS est derrière son piano sur "The Earthshaker". Une association d’albums vraiment superbe pour conclure magnifiquement votre rencontre artistique avec la « Reine du Blues ». (lien commercial ci-dessous)
Extraits de la totalité des titres de "Deluxe Edition" et de "What It Takes: The Chess Years", ci-dessous.
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