Disparu à l’âge de 41 ans, Luther JOHNSON était un guitariste solide et efficace, à la voix rauque, chaude et voilée, qui avait cette capacité d’interpréter le Blues avec une conviction hors du commun, rendant le message qu’il délivrait très convainquant. Surnommé "Snake" ou "Georgia Boy" par ses pairs, pour éviter la confusion avec les autres JOHNSON du circuit (le guitariste-chanteur Luther "Houserocker" JOHNSON, l’harmoniciste Luther JOHNSON, le guitariste Luther JOHNSON Jr., …), Luther JOHNSON fut l’un des rares bluesmen avec Jimmy ROGERS et Luther TUCKER, qui après avoir joué au sein de l’orchestre de Muddy WATERS, parvint à s’extirper de son costume de sideman (accompagnateur), pour mener une carrière solo.
Grâce à son père, Willis JOHNSON, guitariste de Blues, Luther JOHNSON débute son apprentissage musical dès l’âge de sept ans, avant de partir cinq ans plus tard tenter sa chance à Milwaukee puis à Chicago, pour échapper à l’avenir limité et incertain de la ferme familiale de Davisboro, son village natal du Vieux Sud. Fuyant ainsi la dure réalité du monde agricole, Luther JOHNSON se laisse happer par la vie facile et attrayante de Milwaukee, et vivant d’abus se retrouve rapidement en maison de redressement pour une durée de deux ans.
En 1949, sa peine purgée, Luther JOHNSON sur le chemin de retour qui le ramène en Georgie s’arrête à Chicago, où il exerce différents petits boulots dans les restaurants de la ville. Puis il s’engage dans l’armée en 1951, séduit par le salaire attractif qu’on lui propose.
En 1954, libéré de ses obligations militaires, Luther JOHNSON de retour à Milwaukee développe ses capacités vocales au sein des Milwaukee Supreme Angels Singers, un groupe de chants religieux qui joue chaque dimanche dans les églises de la ville. Parallèlement, à la tête d’un trio, Luther JOHNSON améliore son jeu à la guitare en se produisant tous les soirs dans les clubs locaux, où il interprète la musique profane.
En 1960, de retour à Chicago, Luther JOHNSON rencontre le spécialiste du bottleneck, Johnny SHINES, avec lequel il se produit dans les bars du South Side. Surnommé par ses amis "Georgia Boy", Luther JOHNSON accompagne régulièrement Junior WELLS, Sonny Boy WILLIAMSON ou encore Elmore JAMES et joue pour la première fois en 1962 avec celui qu’il admire tant, Muddy WATERS. La même année Luther JOHNSON fonde un groupe avec la bassiste Bob ANDERSON et le batteur Bill WARREN, puis enregistre en 1964 sous le nom de "Little" Luther, deux singles pour Chess sous la marque Cheeker.
Ensuite Howlin’ Wolf le recrute, avant que Muddy WATERS prenant conscience de ses qualités artistiques à la guitare, l’embauche à son tour dans sa formation. Aux côtés du patriarche du Chicago Blues, Luther JOHNSON accompagne notamment Big "Mama" THORNTON en 1966, puis joue seul à la même époque sur plusieurs albums d’Otis SPANN. Son talent reconnu, il devient aux yeux de tous l’un des meilleurs accompagnateurs de Muddy WATERS. Avec son style brut, direct et efficace, Luther JOHNSON prend rapidement de l’assurance sur scène et en studio, et enregistre plusieurs albums jusqu’en 1968 aux côtés de Muddy WATERS, qui démontrent l’alchimie réussie entre lui et son mentor.
En 1968, Luther JOHNSON participe à une tournée européenne du Muddy Waters Blues Band où son talent à la guitare mais également ses qualités vocales de chanteur, explosent. A son retour il quitte Chicago pour s’installer à Boston, se produit dans tous les campus de la Nouvelle-Angleterre et dans les clubs locaux accompagné entre autre de Bob MARGOLIN. Sa notoriété lui permet de participer en 1972 à la tournée en Europe du Chicago Blues Festival, aux côtés du pianiste Sonny THOMPSON et du batteur Bill WARREN. Le Blues original et bouleversant qu’il interprète à la guitare électrique dans un style traditionnel du Delta, lui permet d’être repéré par le label Black & Blue, qui lui offre alors l’opportunité d’enregistrer deux albums. Le premier "Born In Georgia" lui fait retrouver Johnny SHINES le temps de trois duos qui le ramènent vers les origines profondes du Blues, alors que le reste de l’album est dans une tonalité plus urbaine. Le second opus enregistré à Bordeaux (France), met en scène Luther JOHNSON seul à la guitare, dans une série de douze titres très acoustique, enregistrée d’un seul trait.
En 1975 il participe pour la deuxième fois au Chicago Blues Festival, où Luther JOHNSON donne une série de concerts poignants, car atteint d’un cancer le bluesman apparait vieilli et chauve, mais trouve tout de même le courage et la détermination de monter sur scène. Contraint pourtant d’écourter ses prestations, Luther JOHNSON est hospitalisé lors de son retour à Boston, après un dernier album gravé pour Black & Blue. Il meurt en 1976 à l’âge de 41ans, au seuil d’une carrière en pleine ascension.
Parce qu’il a su se démarquer des autres bluesmen de sa génération et de leur style urbain orchestral, en gardant le goût pour le Country Blues de ses origines rurales, Luther JOHNSON avec ses talents de vocaliste et de guitariste aura réussi à créer son propre style, une musique poignante, bouleversante et solide. Les quelques albums qu’il nous a laissés, témoignent tous de cette authenticité et sincérité qui habitaient chacune de ses interprétations, expressions artistiques du talent musical qu'il possédait. Luther "Georgia Boy" JOHNSON: un Blues dense, lourd et prenant à découvrir de toute urgence!
© texte NPO pour Abc Blues & Soul. Mai 2009