| En quelques lignes... | Albums Conseillés | Il n’aura pas manqué grand chose à Bobby Sheen. A chaque fois, il y était presque. Mais la gloire, décidément, ne l’avait pas prévu dans ses plans. Pourtant il a eu un hit, un vrai, un numéro un. Mais sous un pseudo. Du coup c’est à peine s’il est comptabilisé comme le premier homme à avoir franchi le fameux « mur du son », cette géniale création de Phil Spector. Pour le reste, il n’a jamais été à la peine. Avoir 20 ans à l’aube des années 60, à Los Angeles et avec une voix pareille, cela met, au pire, un homme à l’abri. | Cette voix - un ténor léger d’une facture quasi stratosphérique – ne pouvait arriver à un meilleur moment. Avec sa coupe Pompadour et ses relations, Bobby Sheen, avait tous les atouts en main. Dix ans plus tôt il aurait manqué d’un brin de rusticité. Dix ans plus tard, d’un peu de mordant. Mais là, en plein boom pop soul, à l’heure où le doo wop se fond dans des arrangements épatants, Sheen pouvait prétendre, comme son idole Clyde McPhatter et un temps au moins, devenir le roi des charts. | Clyde McPHATTER |
La vie de Robert Joseph Sheen commence sous les meilleurs hospices. Ses parents font partie de cette première génération noire de l’entre deux guerres à n’avoir jamais connu le besoin. Médecins de père en fils, les Sheen sont établis. Pas de vie de ghetto à St-Louis où ils se sont faits une place, puis dans les faubourgs d’Hollywood où les parents de Robert s’installent en 1945, pas loin de l’université, dans le quartier mixte et bon genre de West Adams. Un coin où vivent pas mal d’artistes, en particulier des musiciens. The Mills Brothers | C’est en compagnie de sa voisine, Marylin McCoo, elle aussi fille d’un docteur – et plus tard chanteuse au sein des 5th Dimensions – que Bobby fait ses premiers pas musicaux en chantant avec les jeunes Mills Brothers. Doté d’une voix vite remarquée et vivant à proximité d’un milieu musical aussi bouillonnant, le voilà qui fait bientôt ses premiers pas professionnels. Il n’a que seize ans lorsqu’il intègre les Robins après qu’un des frères Richard l’a repéré un soir qu’il se produisait dans un club de la ville. |
| Créé au milieu des années 40 par Billy et Roy Richard, et d’abord appelé le A-Sharp Trio, avec Ty Terrell à leurs côtés, le groupe a été de la première vague rhythm & blues de la West Coast. Une des innombrables trouvailles de Johnny Otis. Comme à son habitude Otis a façonné ses protégés à son idée. Complétés par une voix de basse, celle de Bobby Nunn, il les rebaptise les Four Bluebirds, puis les Robins après que le succès des Orioles et des Ravens ait semblé confirmer que les noms d’oiseau portaient chance. | The Robins - 1950 |
Little Esther PHILLIPS Riot in Cell Block #9 Smokey Joe’s Café | Un coup gagnant. Les Robins décrochent un hit avec "Double Crossin’ Blues", en compagnie de Little Esther Phillips. En 1951, ils enregistrent le tout premier morceau écrit par les bientôt légendaires Jerry Leiber et Mike Stoller: "That’s What The Good Book Says". Ils se transforment ensuite en quintet (photo ci-contre prise en 1950) avec l’adjonction d’un ténor léger, Grady Chapman, une première fois remplacé par Carl Gardner. | | Ce dernier, accompagné par Nunn, partira ensuite former les Coasters. Entretemps leurs "Riot in Cell Block #9" et "Smokey Joe’s Café" ont fait grand bruit.
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| Quand Bobby intègre le quintet, c’est à nouveau pour combler les défaillances d’un Chapman toujours aussi instable. Un statut de remplaçant qui permet à Sheen d’engranger de l’expérience, même si pour les Robins le meilleur est désormais derrière eux. | Il participe à son premier enregistrement le 7 août 1958. Dans les chœurs, puisque ce jour-là Grady Chapman est présent. Les deux titres édités par Knight Records, "A Quarter To Twelve" et "Pretty Little Dolly", passent inaperçus.
| Chapman définitivement parti, c’est en tant que soliste que Sheen participe à la session suivante, le 11 novembre 1958. "A Little Bird Told Me" n’aura pas d’avantage de succès. Après de nouveaux changements de personnel et un transfert sur le label Arvee, les Robins enregistrent "Just Like That", toujours avec Sheen en soliste, et travaillent à nouveau avec Johnny Otis sous le pseudo The Ding Dongs. On peut ainsi entendre Sheen sur le titre doo wop "Ding Dong (Saw Wood Mountain)" qu’il a coécrit avec les frères Richard. | Just Like That Ding Dong (Saw Wood Mountain) |
Cherry Pie
Flipped Out | C’est ensuite dans une nième configuration du "Marvin & Johnny" de Marvin Spencer que Sheen apparaît en 1960. Depuis la création du duo en 1953, et le hit "Cherry Pie" l’année suivante, Marvin a usé une ribambelle de Johnny. C’est justement sur une réplique de son succès initial, "Second Helping Of Cherry Pie", que Bobby se fait à nouveau entendre. Il récidivera en 1962 pour "Hot Biscuits And Gravie", puis encore en 1965 sur "Baby You're The One". Mais l’activité du duo reste limitée. | Cherry Pie Second Helping Of Cherry Pie Baby You're The One |
| Je vous propose de découvrir le parcours artistique et les différentes étapes de la carrière discographique de Bobby SHEEN, au travers de l’album "The Bobby Sheen Anthology 1958-1975" paru en 2010 chez Ace. Regroupant 24 titres, cet album survole effectivement l’ensemble des expériences musicales de Bobby SHEEN, de sa première participation au groupe des Robins le 11 novembre 1958, jusqu’à l’enregistrement en 1975 de la superbe ballade "Love Stealing", et du très disco "Come On And Love Me". De sa période doo-wop avec les Robins, au style Soul-funk façon Muscle Shoals qu’il adopta au début des années 70, en passant par ses collaborations avec les groupes Marvin & Johnny, The Crystals, Bob B. Soxx & The Blue Jeans et The Coasters, chaque étape de la carrière de Bobby SHEEN, souligne un peu plus l’étendue de ses capacités vocales. Sa voix haute et puissante n’est pas s’en rappeler les tonalités des grands noms de la Soul comme Clyde McPHATTER, Jackie WILSON ou encore Garnet MIMMS. Mais malgré ses efforts répétés, Bobby SHEEN n’est pourtant jamais parvenu à briller comme eux, ce qui reste vraiment inexplicable, au regard de la qualité des titres présents sur cet album. De "Dr. Love" qui ouvre le bal, et que sa voix sublime, en passant par "The Bells of St. Mary", la superbe ballade "My Shoes Keep Walking Back To You" et le titre de Phil SPECTOR "Zip-a-Dee Doo-Dah" qu’il porta au sommet des charts en 1962, tous les ingrédients pour émouvoir les amateurs de Soul sont pourtant bien là, et auraient dû aisément offrir à Bobby SHEEN la reconnaissance qu’il méritait. Mais cela n’est jamais arrivé. Heureusement ce recueil est là pour réparer un peu cette injustice, et redonner au moins le temps de son écoute, la place qu’il mérite à ce très grand interprète de Soul music. (lien commercial ci-dessous) Extraits de huit titres de "The Bobby Sheen Anthology 1958 - 1975", ci-dessous. |
How Many More Times | Entre temps, Bobby Sheen a participé aux ultimes tentatives des Robins pour retrouver leur succès d’antan. Recruté par Lavender Records, une filiale d’Indigo, le groupe sort simultanément deux simples avec Sheen en lead sur trois des quatre titres qui paraissent en 1961. Un florilège des talents du chanteur qui enchaîne une ballade romantique ("Magic Of A Dream"), un doo wop débordant de swing ("The White Cliffs Of Dover") et le très soul "How Many More Times". |
| Mais Sheen est décidé à se lancer en solo. Une ambition qui passe par New York. En 1962, il signe un contrat avec Liberty. Lester Sill, figure du milieu musical d’Hollywood, le recommande à son tout nouveau partenaire dans le label Philles qu’il viennent de créer ensemble, un certain Phil Spector. Celui-ci, encore à la direction artistique de Liberty, a commencé d’expérimenter ses idées excentriques en matière de son. Bobby a déjà eu l’occasion de le croiser en fréquentant les Clover Studios sur Fairfax Avenue lorsque les Robins y passaient beaucoup de temps avec quelques autres comme les Teddy Bears de Marshall Leib. C’est donc Spector qui produit "How Many Nights (How Many Days)", bel exemple du savoir faire du producteur comme de la voix aérienne de Sheen. Mais sans succès à la clé. | How Many Nights (How Many Days) |
Les deux hommes n’en restent pas là. Spector rejoint à Los Angeles où il a installé le laboratoire de Philles Records au studio Gold Star, au coin de San Monica Boulevard et de Vine Street, un local dont l’ancienne salle de bain, judicieusement utilisée par le jeune ingénieur du son Larry Levine, va jouer un rôle déterminant pour la création du célèbre écho du créateur du « wall of sound ». Blossoms: en partant du haut à gauche: Fanita Barrett, Gloria Jones, Annette Williams et Nanette Williams - 1957 | Quelque temps avant, Johnny Otis, encore lui, a mis la main sur une formation qui fait un tabac dans les studios californiens. Les Dreamers sont quatre anciennes étudiantes de la Fremont High School dénichées par Richard Berry en 1954. Réduites à trois (Gloria Jones, Fanita James et Darlene Wright) et renommées les Blossoms en 1957, elles ont déjà à leur actif une poignée de succès locaux et forment l’équipe de choristes la plus demandée de L.A (on les entend sur le hit de Sam Cooke, "Everybody Love's to Cha-Cha-Cha" en 1959 et en tant que « Rebelettes » sur le formidable "Dance with the Guitar Man" de Duane Eddy de 1962). C’est durant l’automne 1962, lors d’une session organisée avec elles, et Bobby Sheen qui traînait par là, que Phil Spector va mettre la main sur son premier filon. | Dance with the Guitar Man |
| He’s A Rebel | En bon alchimiste, Spector a déjà pour habitude d’essayer toutes les combinaisons possibles avec les moyens à sa portée. Cette fois encore, il fait donc travailler tout son monde, distribue les rôles et varie les configurations. C’est au milieu d’un joyeux capharnaüm qu’une des multiples prises de "He’s A Rebel" est finalement retenue, aussitôt attribuée à des Crystals inventées sur le champ et dont personne ne se soucie alors de définir l’identité exacte. | The Crystals |
Le morceau va ébranler les charts en plein Noël 62 – n°1 aux USA, n°19 en Angleterre - et devenir un classique. A posteriori les experts chercheront à reconstituer qui était devant les micros à ce moment-là. S’il n’y a pas de doute concernant la voix principale, celle de Darlene Wright, les choses sont moins claires pour le trio qui l’accompagne. Le reste des Blossoms ? Avec Gracia Nitzsche (la femme de Jack, arrangeur du morceau) ? Ou alors le ténor léger de Bobby Sheen avec Fatima James et Annette Williams ? Cette dernière configuration semble bien avoir été la bonne. Et Bobby Sheen avoir enfin mis le pied dans le bon wagon. | Zip-A-Dee Doo-Dah | Fort de ce succès, Spector est bien décidé à faire un nouveau coup. Il jette son dévolu sur une chanson d’un vieux dessin animé des studios Disney, "Song Of The South" qui, re-stylisée par le maître devient "Zip-A-Dee Doo-Dah". Cette fois c’est Bobby Sheen qui assure la voix solo. |
Phil Spector n’a pas lésiné sur les moyens, convoquant ce jour-là rien moins que trois guitaristes, autant de bassistes, deux ou trois pianistes, quatre cuivres et un percussionniste en plus du batteur. Levine quant à lui vient de passer plus de trois heures à s’escrimer en vain pour trouver la bonne balance sur le trois pistes de la console du studio. Dépité, il a fini par couper rageusement tous les micros. Ayant retrouvé son calme, il est en train de les rallumer un par un lorsque Spector s’écrit soudain : « Ca y est, c’est ça, c’est le son ! ». La prise commence. Sans s’en rendre compte, Levine a oublié entre temps de remettre en marche le micro du guitariste. C’est ce qui donnera au solo de Billy Strange ce son si particulier, un peu distant et métallique – du à son passage exclusif par les micros des autres instruments – qui va achever le « mur du son » de Spector. 
Ben E. King | Cette fois, c’est sûr, Bobby Sheen va pouvoir inscrire sa voix dans le Top 10 où le titre vient directement se ficher en plein Noël. Sauf que Spector a décidé au dernier moment de le baptiser « Bob B. Soxx » accompagné de ses « Blue Jeans » ! Sur la lancée le trio – les Blue Jeans sont Fanita et Darlene, soit deux tiers des Blossoms – se retrouve sur des plateaux de prestige, au Fox Theater de Brooklyn et à l’Apollo, avec les vedettes du moment, les Shirelles, Four Seasons, Little Eva, Dionne Warwick, Ben E. King et Clyde McPhatter auquel la voix de Sheen fait si souvent penser. | Bob B. Soxx - Bobby Sheen, Darlene Love et Fanita Barrett |
Mais ses deux partenaires supportant mal la vie de tournée, elles décident bientôt de rentrer chez elles. Bobby Sheen doit les remplacer. Gloria Jones et Carolyn Willis prennent le relais. | Le hasard va à nouveau et rapidement propulser la voix - mais toujours pas le nom – de Bobby Sheen dans les charts. Fin 1962, son beau-frère Billy Storm (photo ci-contre), le chanteur des Alley Cats ne peut participer à une session de son groupe produite par Spector. C’est Bobby qui est appelé à la rescousse. | En janvier 1963, "Puddin’ N’ Tain", et donc à nouveau un Bobby Sheen non identifié, se retrouve dans le Top 50. | Puddin’ N’ Tain |
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Why Do Lovers Break Each Other's Hearts? Not Too Young To Get Married | Sheen est désormais une des voix fétiches d’un Phil Spector, lequel continue de multiplier ses expériences sonores, puisant dans son vivier de timbres des assemblages auxquels il colle des patronymes de circonstances. Pour le moment, Bob B. Soxx, l’avatar de Bobby, revient souvent dans la marmite sonore du sorcier pop. En studio avec Fanita et Darlene, en tournée avec leurs deux remplaçantes. La formule marche jusqu’à ce que Spector y mette fin en 1963, après deux derniers titres, "Why Do Lovers Break Each Other's Hearts?" (38ème des charts pop) et "Not Too Young To Get Married" (63ème), pour se consacrer désormais à sa dernière invention - qui sera son chef d’œuvre -, les Ronettes. | Phil Spector |
A Christmas Gift For You From Philles Records | | Tout ce beau monde se retrouve pourtant fin 1962 sur sa super compilation, "A Christmas Gift For You From Philles Records", éditée en novembre– avec un Bobby Sheen céleste sur "The Bells of St. Mary" – mais qui passe totalement inaperçue dans une Amérique brutalement pétrifiée par l’assassinat de John Kennedy. | The Bells of St. Mary |
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Bob B. Soxx & His Blue Jeans dissous, Bobby Sheen rejoint quelques anciens Robins pour ce qui va s’avérer un autre tour de passe-passe. L’idée de Bobby Nunn est de dédoubler les Coasters afin qu’un groupe tourne sur la côte Ouest pendant que l’autre écume le flanc Est. C’est ainsi que Sheen, Richard et Chapman forment les « Coasters Mark II » sur le front du Pacifique. Bobby tournera avec cette formule jusqu’à la fin de sa carrière. | Un engagement qui ne l’empêche pas de poursuivre ses tentatives en solo. Chez Dimension Records il enregistre "I Want You For My Sweetheart" et "My Shoes Keep Walking Back To You" en 1965. Deux titres magnifiques qui vont échouer faute de promotion par la compagnie, alors moribonde et qui ne survivra que quelques mois. | I Want You For My Sweetheart |
Dr. Love | Du coup, Sheen entre chez Capitol. Un des piliers de la compagnie, Eddie Beal, ancien pianiste de jazz, est un ami de son père et c’était déjà lui qui avait signé les Blossoms en 1958. Le premier single sort en janvier 1966, avec les Blossoms justement pour assurer les chœurs. Mais une fois encore la promotion ne suit pas et "Dr. Love" se perd dans le tout venant soul. Capitol a la tête ailleurs, plutôt côté pop rock, avec les Beatles et les Beach Boys à s’occuper. Le titre va pourtant traverser l’Atlantique pour devenir un des classiques de la Northern Soul britannique. |
| The Shelter Of Your Arms | Toujours aussi actif, Sheen retrouve ensuite Phil Spector et figure parmi les choristes des célèbres sessions de ce dernier avec Ike et Tina Turner. Sa voix figure sur leur fameux "River Deep – Mountain High". Il multiplie les participations en studio, jamais à court d’engagements. En fin d’année, il retourne devant le micro pour Capitol, mais ni "I Shook The World" ni « Cloud 9 » ne font mieux que les tentatives précédentes. Pas plus que le fruit d’une nouvelle séance organisée l’année suivante et dont il est à se demander comment elles n’ont pas réussi à s’imposer. Des chansons pourtant comme toujours impeccables, "The Shelter Of Your Arms", "Without Love (There Is Nothing)", qui ne sera même pas édité, ou encore "The Way Of Love" qui fera le Top 10 en 1972 avec Cher, une autre élève de Spector et ancienne partenaire de chœurs de Bobby. | River Deep – Mountain High River Deep – Mountain High |
She Taught Me WHat Love Really Is | Les dernières prises pour Capitol ont lieu au printemps 1968. Elles fournissent "I Don’t Have To Dream", "She Taught Me WHat Love Really Is" et l’inédité "Don’t Pass Me By". Encore trois démonstrations vocales atmosphériques pour le ténor léger d’un Sheen totalement maître de son art. Et toujours aussi peu de succès. Du coup, Bobby décide de laisser pour le moment de côté ses visées solo. |
Coasters MarkII: de gauche à droite Billy Richards Jr., Bobby Sheen, Grady Chapman, et au centre en bas Bobby Nunn | Il faut dire qu’il n’est pas à la peine côté activité. Et si même il arrive que son agenda se vide un peu, où qu’il ait besoin d’argent frais, Phil Spector est toujours prêt à le prendre sur une session. Les deux hommes sont très liés et il ne se passe jamais longtemps sans qu’ils travaillent ensemble. Et puis Sheen continue d’écumer la Côte Ouest avec les Coasters bis, baissant un peu le registre de sa voix – une modification anecdotique pour ce vocaliste surdoué – afin de mieux coller aux tendances du moment. |
| Son retour sous son nom a lieu en 1972. Ce sont les producteurs des studios Muscle Shoals, - devenu un must de la soul sudiste depuis leur petit coin d’Alabama - Clayton Ivey et Terry Woodford, qui lui font enregistrer deux titres ("Something New To Do", "I May Not Be What You Want") qu’ils réussissent à placer chez Warner Brothers. Au départ, la compagnie ne sait pas trop comment les traiter. A commencer par déterminer si ce chanteur est blanc ou noir ! Une des rares collaboratrices afro américaine de la compagnie, Frances Lawson, est appelée pour donner son avis. Elle hésite elle aussi mais quand elle voit dans le dossier de Sheen qu’il a chanté avec les Coasters elle affirme aussitôt : « Il est noir … et probablement pas tout jeune ! ». Lorsque Bobby débarquera plus tard dans les bureaux de Warner, Frances pensera d’abord qu’il s’agit de son fils. Elle l’épousera quelques années plus tard. | Something New To Do I May Not Be What You Want |
Payback Don’t Make Me Do Wrong | En attendant, c’est une nouvelle fois dans la discrétion commerciale la plus totale que le single de Sheen est mis sur le marché. Un gâchis au regard de ces deux petits bijoux bubble soul sculptés par la main d’orfèvre de Phillip Mitchell. Et décidément une mauvaise habitude de la part de ces majors signant en-veux-tu-en-voilà des artistes noirs pour aussitôt les laisser en plan. Ou bien les neutraliser ainsi et protéger leurs poulains déjà en place. Earth, Wind & Fire, Ashford & Simpson et Tower Of Power en l’occurrence ici. Un deuxième single ("If I Ever Dreamed I Hurt You", "It Ain’t Easy Being Your Fool") passe à son tour aux oubliettes. Quand à "Payback", enregistré quelques mois plus tard, avec "Don’t Make Me Do Wrong", il subit le même sort bien qu’à l’évidence le morceau présentait un sacré potentiel. |
| Mais l’équipe de Muscle Shoals ne baisse pas les bras et continue à croire en Bobby. Ils persuadent Chelsea Records de sortir en 1975 un nouveau single. Encore une fois, tous les canons du hit sont satisfaits. Que ce soit sur la ballade "Love Stealing" ou les accents disco de "Come On And Love Me". Mais le petit label n’a pas les moyens de financer la promotion. Découragé, Bobby Sheen n’enregistrera plus de singles. Il renonce à sa carrière. | Love Stealing Come On And Love Me |
| Pour lui, le travail ne manquera pas. Mais il change de catégorie et passe à la musique alimentaire C’est désormais dans les jingles publicitaires que sa voix sera la plus entendue. Du beurre de cacahouète Peter Pan aux jeans Levis. Une de ses chansons figure aussi au générique d’une série télévisée, "Out of This World". | Une ultime tentative avec les Coasters en 1979, l’album "Coasting" (pochette ci-contre), paraît sur son propre label Salsa Picante, et présente le groupe en plein effort disco. | |
Ce sera sa dernière séance. Le 23 novembre 2000, Bobby Sheen meurt à Los Angeles, d’une pneumonie. |
© texte JC LEGROS pour Abc Blues & Soul. Août 2010
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