Né le 9 mars 1933 dans les environs de la Nouvelle Orléans, à Kenner, Lloyd PRICE a grandi dans la banlieue de la Crescent City où sa mère tient un petit café sur le port. Entre le gospel qu’il découvre chaque dimanche à l'église, le jazz qu’il pratique comme trompettiste au collège et le blues qu’il entend sur le juke-box que sa mère a installé dans son bar, Lloyd PRICE se familiarise rapidement avec ses différents univers musicaux et définit ainsi ses préférences artistiques.
| A l’âge de seize ans, avec son frère cadet Leo, Lloyd PRICE forme alors sa première formation, les Blue Boys, inspiré par les répertoires de Louis JORDAN, Roy MILTON et Amos MILBURN. Leur groupe se produit dans les fêtes de la région et les bals de leur quartier, avant que le chef d’orchestre Dave BARTHOLOMEW ne repère les qualités de chanteur de Lloyd PRICE et le recommande à Art RUPE (photo), le fondateur des disques Specialty. |
| Venu chercher de nouveaux talents à la Nouvelle-Orléans, Art RUPE décide de donner sa chance à Lloyd PRICE en lui permettant d’enregistrer en 1952 son premier titre, "Lawdy Miss Claudy", chanson inspirée par l’expression favorite d’un animateur de la radio WBOK. Au printemps 1952, Lloyd PRICE entre donc en studio accompagné par l’orchestre de Dave BARTHOLOMEW, qui compte dans ses rangs le pianiste Fats DOMINO. Le titre qu’il enregistre devient un véritable hit incontournable de l’Amérique noire, se vend à plus d’un million d’exemplaires et prend durant sept semaines la tête des classements rhythm’n’blues. Après que "Lawdy Miss Claudy" ait été repris par Elvis PRESLEY, Lloyd PRICE continue sur sa lancée, avec les titres "Oooh-Oooh-Oooh" et "Restless Heart", puis en 1953 avec "Ain’t It a Shame?" et "Tell Me Pretty Baby", qui connaissent tous un véritable succès. | Lawdy Miss Claudy
Oooh-Oooh-Oooh
Restless Heart Ain't It A Shame | Mais c’est alors que Lloyd PRICE est appelé sous les drapeaux, où successivement posté en Corée, au Japon et dans le reste de l’Asie du Sud-est, il passe trois ans dans l’armée. De retour chez lui en 1956, il s’aperçoit que le public ne l’a pas attendu et connaît l’échec pour la première fois avec les nouveaux singles qu’il grave pour Specialty. Lloyd PRICE décide alors de partir s’installer à Washington, où il fonde sa première maison de disques, KRC, pour Kent Record Company, avec son ami Harold LOGAN.Just Because | A la fin de l’année 1956, Lloyd PRICE enregistre son premier titre pour KRC, "Just Because", une reprise d’une aria du Rigoletto de Verdi, qu’il revisite pour l’occasion. Bien que surprenante, cette relecture de Verdi rencontre un formidable succès, qui permet non seulement à Lloyd PRICE d’inscrire à nouveau son nom dans les charts, mais également de susciter la convoitise d’ABC Paramount. |
A la recherche d’artistes capables de concurrencer Sam COOKE ou Fats DOMINO, la filiale de Samuel CLARK offre alors à Lloyd PRICE toute l’efficacité de son service commercial, permettant ainsi au titre "Just Because" de prendre la troisième place des charts R&B et du Top30. Désormais sous contrat avec ABC, Lloyd PRICE enchaine avec toute une série de hits (dix titres au total) qui lui permet de rester constamment présent dans les classements R&B jusqu’en 1963.
| Cette époque de réussite commence lorsque que Lloyd PRICE, à court d’inspiration, décide de reprendre à son actif quelques titres tombés dans le domaine public. Ainsi, il adapte une vieille ballade folk traditionnelle, "The Ballad Of Stack-O-Lee", rebaptisée "Stagger Lee" pour l’occasion, et obtient avec ce titre le deuxième plus importants succès de sa carrière. Classé simultanément en tête du Hot100 et des charts R&B en janvier 1959, "Stagger Lee" offre au passage un premier Disque d’Or à Lloyd PRICE. Au total, quatre hits ("Where Were You on Your Wedding Day", "Personality", "I’m Gonna Get Married" et "Come Into My Heart") seront enregistrés par Lloyd PRICE en 1959, qui obtiendra un deuxième Disque d’Or grâce au titre "Personality", classé N°1 R&B et N°2 du Hot100. | Stagger Lee Where Were You on Your Wedding Day Personality I’m Gonna Get Married |
Lady Luck Question | Après les succès de "Lady Luck" et "Question" en 1960, puis celui de "Misty", une reprise du pianiste jazz Erroll GARNER, en 1963, Lloyd PRICE que l’on surnomme dorénavant "Mr. Personality", fonde le label Double L avec son ami Harold LOGAN pour produire les premiers enregistrements solo d’un certain Wilson PICKETT. | Conscient que son heure de gloire est passée, Lloyd PRICE ne se produit plus que sur le circuit des cabarets de Miami, Porto-Rico et Las Vegas à la tête d’un grand orchestre, et commence à se diversifier et investissant peu à peu d’autres domaines d’activités. Ainsi, il est d’abord l’initiateur d’une fondation qui délivre des bourses à des étudiants issus de familles modestes, puis rachète le club Birdland de New York, qu’il rebaptise Lloyd Price’s Turntable et crée un troisième label du même nom pour enregistrer "Bad Condition" en 1969. Cette même année, alors qu’il se sait menacé par certains parrains du milieu, qui auraient mis un contrat sur sa tête, son ami Harold LOGAN est assassiné. Lloyd PRICE quitte New York rapidement pour s’installer au Nigeria, où depuis ses bureaux de Lagos il dirige dorénavant ses affaires. Lloyd PRICE en profite pour se lancer dans l’organisation de concerts et s’associe au légendaire promoteur Don KING, pour s’introduire dans le milieu de la boxe. | Il organise alors le concert qui accompagnera l’évènement Rumble In The Jungle, le championnat du monde de boxe poids lourds entre Muhammad Ali et George FOREMAN, qui se déroulera au Zaïre en 1974. | Depuis, de retour aux Etats Unis au début des années 80, Lloyd PRICE après quelques participations à des concerts rétros à la gloire du rock’n roll, comme ceux d’une tournée mondiale en 1993 aux côtés de Jerry Lee LEWIS, Little RICHARD et Gary U.S. Bonds, s’est totalement retiré du circuit pour se consacrer exclusivement à ses affaires.
| Considéré aujourd’hui comme l’un des plus célèbres interprètes noir du rhythm’n’blues louisianais, dont il a ouvert la voie, Lloyd PRICE a donné à ce courant musical ses lettres de noblesse, en le dotant d’un vernis et d’une respectabilité qui lui faisaient défaut jusqu’au début des années 50. | | Grâce au succès qu’il a rencontré, notamment avec le titre "Lawdy Miss Claudy", devenu depuis incontournable, Lloyd PRICE a favorisé l’émergence d’artistes comme les Impressions, Ray CHARLES ou Fats DOMINO, et suscité au travers la réussite d’ABC sur ce registre, des vocations comme celle de Berry GORDY avec sa Motown. A légal d’un Sam COOKE, qui avait lui aussi réussi à intéresser pour la première fois une major avec le répertoire d’un artiste noir, Lloyd PRICE mérite une attention toute particulière, de la part de toutes celles et tous ceux qui veulent s’intéresser un peu plus précisément à l’histoire du Rhythm’n’blues. © texte NPO pour Abc Blues & Soul. Avril 2010 | Je vous conseille de découvrir la patine du répertoire de Lloyd PRICE, au travers de l’album "20th Century Masters – The Millennium Collection", paru en 2002 sous le label MCA Records. Regroupant 12 titres enregistrés entre 1957 et 1960, cet album survole donc la carrière de Lloyd PRICE, de sa relecture d’un aria de VERDI avec le titre "Just Because" (plage 2), à ses deux grands succès de 1960, "Question" et "Personality". Une petite précision concernant la présence du titre "Lawdy Miss Claudy", qui est proposée ici dans une version réenregistrée à la fin des années 50 et non dans sa version originale de 1952.
Si votre budget vous permet une dépense plus importante, je vous suggère de poursuivre votre rencontre artistique avec l’album "Specialty Profiles", édité en 2006 chez Specialty. Sur les 24 titres que contient cet album, seuls 14 sont interprétés par Lloyd PRICE et ont été enregistrés entre 1952 et 1953, et parcourent donc la première période discographique de l’artiste. De son premier titre gravé, "Lawdy Miss Claudy", ici dans sa version originale du 13 mars 1952, à "Rock’n’roll Dance", l’ensemble de ces compositions permet donc la jonction avec l’album précédemment conseillé. Une approche vraiment complète de l’œuvre de Lloyd PRICE (1952-1960) est donc possible avec ce premier duo d’albums. Concernant le reste des titres présents sur cet album (plage 15 à 24), ils présentent le catalogue d’artistes de chez Specialty, avec notamment une chanson de Little RICHARD, Sam COOKE, Larry WILLIAMS, Percy MAYFIELD, Don & Dewey, Joe LIGGINS, Jesse & Marvin et Guitar Slim. Une belle opportunité, au regard du prix auquel est proposé cette compilation.
Enfin pour les passionnés, je vous conseille les albums "Lawdy" et "Lloyd Price Vol.2 : Heavy Dreams", parus respectivement en 1991 et 1993 chez Specialty. Ces deux volumes vous permettent de disposer de 14 et 17 titres supplémentaires (non présents sur les albums conseillés auparavant), afin d’aborder pleinement l’œuvre de Lloyd PRICE. La conviction et la sincérité que déploie l’artiste pour interpréter chacune de ses chansons est palpable à chaque instant ! Une approche enrichie par 31 titres de toute beauté et pourtant souvent ignorés.
(lien commercial ci-dessous)
Extraits de la totalité des titres de "20th Century Masters - The Millennium Collection: The Best of Lloyd Price" et de "Specialty Profiles", ci-dessous.
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