Né à Jackson, Tennessee, Luther INGRAM a passé la plus grande partie de son adolescence dans l’Illinois, à Alton, où il débute le chant dans un groupe familial composé de ses frères et de ses sœurs. Puis découvrant ses talents d’auteur, Luther INGRAM se met à écrire des chansons, qu’il interprète pour la première fois en prélude d’un concert de Ike TURNER dans l’East Saint-Louis.
En 1964, Luther INGRAM s’installe à New York où il travaille tout d’abord pour les éditions Leiber & Stoller, grâce à ses capacités d’auteur, enregistrant parallèlement pour Decca son premier single, "You Never Miss Your Water". Il grave ensuite un titre pour une filiale de Mercury (Smash), "I Spy (For The FBI)", une reprise d'un succès de 1966 du joueur de congas Jamo THOMAS. C’est alors que Luther INGRAM rencontre Johnny BAYLOR, manager aux méthodes expéditives et peu recommandables, mais qui va rapidement lui ouvrir les portes du label Stax.
Après avoir produit les titres de Luther INGRAM sous son label KoKo ("I Can’t Stop" en 1967 et "Missing You" en 1968), BAYLOR signe un contrat en 1969 avec le directeur général de la compagnie Stax, Al BELL, qui transfère à ce label la distribution des disques de son protégé.
Ancien boxeur, Johnny BAYLOR qui s’occupe également de la sécurité chez Stax et du recouvrement des cachets impayés pour certains artistes, occupe rapidement une place prédominante au sein du label. Malgré ses méthodes de travail peu orthodoxes, qui ne valorisent pas l’image de Stax à cette époque, BAYLOR et son emprise sur la gestion du label vont profiter à la carrière de Luther INGRAM en lui permettant d’enregistrer toute une série de singles.
Entre 1969 et 1974, les titres "Pity For The Lonely" et "My Honey and Me", puis "Ain’t That Loving You (for More Reasons Than One)" Top10 Soul en 1970, inaugurent cette série de titres, qui va maintenir Luther INGRAM sur le devant de la scène pendant plus d’une décennie. En 1971, trois nouveaux hits sont enregistrés, "To The Other Man", "Be Good To Me Baby" et "I’ll Love You Until The End". A la même époque, Luther INGRAM met en valeur ses talents d’auteur en co-signant avec Mark RICE le best-seller des Staple Singers, "Respect Yourself".
Mais c’est en 1972 que Luther INGRAM grave à Muscle Shoals son plus grand succès, "(If Loving You Is Wrong) I Don’t Want To Be Right", qui se classe troisième au Hot100 et prend dans le même temps la tête des charts Soul pendant plus d’un mois. Récit puissant de l’infidélité, écrit par un trio d’auteurs de chez Stax (Homer BANKS, Raymond JACKSON et Carl HAMPTON), "I Don’t Want To Be Right" se vend à plus d’un million d’exemplaires et révèle le timbre vocal riche et intimiste de Luther INGRAM.
Fort de ce succès, il sort deux albums, "I’ve Been Here All The Time" et "If Loving You Is Wrong I Don’t Want To Be Right", inscrivant dans les charts une série de titres R&B, "You Were made For Me", "Always" et "Love Ain’t Gonna Run Me Away", ainsi qu’un dernier hit, "I’ll Be Your Shelter (In Time Of Story)", qui rentre en 1973 dans le Top40 Pop.
Mais au plus fort de sa carrière, Luther INGRAM subit alors le contrecoup des déboires financiers que connaît Johnny BAYLOR et son label KoKo face au fisc américains. Il faut attendre 1978 et la faillite du label Stax, pour que Luther INGRAM renoue avec le succès grace au hit "Do You Love Somebody" et 1985 pour que la mort de Johnny BAYLOR le libère enfin du caractère possessif et violent de ce manager.
En 1986, Luther INGRAM signe avec la marque Profile et enregistre l’album "Luther Ingram", dont les titres "Baby Don’t Go Too Far" et "Don’t Turn Around" gravés pour l’occasion, lui permettent de rebondir aux Etats-Unis. Alors que la Soul sudiste n’est plus à la mode, Luther INGRAM connaît de graves problèmes de santé qui le contraignent à stopper sa carrière artistique à la fin des années 90.
Après des années de combat face à la maladie, Luther INGRAM, atteint d’une insuffisance rénale et touché par le diabète, décède le 19 mars 1997 d’une crise cardiaque. Son timbre chaud, intimiste et sensuel chantant de la Deep Soul me manque depuis.
© texte NPO pour Abc Blues & Soul. Octobre 2008.