Né à la Nouvelle Orléans, Roy BROWN découvre la musique dès l’âge de 12 ans, en devenant chanteur de Gospel et en ayant pour professeur, selon certaines sources, Mahalia JACKSON. Malheureusement, devenu orphelin deux ans plus tard, Roy BROWN se tourne vers une carrière de boxeur, dans l’espoir d’échapper à la pauvreté et à l’anonymat. Mais après un court séjour à Houston (Texas) et devant la violence qui entoure le monde de la boxe, Roy BROWN reprend ses études musicales en Californie, avant de remporter le premier prix d’un concours de chant organisé au Million Dollar Theater de Los Angeles en 1945. Il retourne alors vivre à la Nouvelle Orléans pour tenter sa chance dans les cabarets de sa ville natale, dans un style proche des crooners comme Bing CROSBY ou Franck SINATRA. Roy BROWN se produit ainsi sur scène avec sa propre formation, les Melodeers, dans les clubs les plus célèbres de la ville, comme le Dew Drop Inn. | Mais ne parvenant pas à se faire accepter dans ce genre de répertoire, que le public associe à des artistes blancs, Roy BROWN décide par conséquence de se tourner vers le Blues. Avec un style alliant la sophistication des crooners et le sens mélodique des chants Gospel, il réussit à enregistrer ses premières compositions, gravant entre 1946 et1947 pour le label Deluxe Records, les titres "Deep Sea Diver", "Bye Baby Bye", "Good Rockin’ Tonight" et "Lolly Pop Mama". | "Deep Sea Diver" "Bye Baby Bye" "Good Rockin’ Tonight" "Lolly Pop Mama" |
Son style très original, à la fois proche des Blues-shouters comme Big Joe TURNER et des envolées artistiques d’un Nat King COLE, permet à Roy BROWN de voir son titre "Good Rockin’ Tonight" repris avec succès par Wynonie HARRIS en 1948, puis par Elvis PRESLEY, James BROWN, Jerry Lee LEWIS, Pat BOONE et Ricky NELSON quelques années plus tard. Si sa propre interprétation de ce titre ne lui a pas permis d’atteindre le haut des charts, l’immense succès que connaît Wynonie HARRIS avec sa reprise de "Good Rockin’ Tonight", donne à Roy BROWN la stature d’un véritable artiste et le titre de précurseur d’un style musical qui se dessine, le Rock’n Roll. "Long About Midnight" | A la tête d’un nouvel orchestre, les Mighty Men, et toujours sous contrat chez Deluxe Records, Roy BROWN enregistre à la fin des années 40 toute une série de titres bluesy, comme "Long About Midnight" qui devient N°1 à l’automne 1948, alternant dans son répertoire entre le style ballades et des titres boogies plus rythmés. |
| Suivent ainsi en 1949, "Rainy Weather Blues", "Rockin’ at Midnight" et "Boogie at Midnight", avant que les titres "Hard Luck Blues", "Love Don’t Love Nobody’" et "Cadillac Baby" gravés en 1950, puis "Big Town" et "Bar Room Blues" l’année suivante, confirment et entérinent les talents de compositeur et d’interprète de Roy BROWN. | "Big Town" "Bar Room Blues" |
Avec pour atouts la combinaison réussie du Blues et de la Country de son répertoire, sa voix puissante et si singulière aux intonations nonchalantes héritées de la Nouvelle Orléans, et l’écriture imagée, ironique et délicate de ses compositions, Roy BROWN est alors au début des années 50 à l’apogée de sa carrière. "Hurry Hurry Baby" "Ain’t Rockin’ No More" "Gal From Kokomo" | Mais à partir de 1954, n’ayant pas réussi à négocier la transition vers le Rock’n Roll, Roy BROWN voit sa carrière ralentir avec l’arrivée de ce nouveau courant musical pour lequel il a pourtant dessiné les contours. Et même si Roy BROWN continue d’enregistrer de nombreux titres (une centaine environ) jusqu’en 1955, dont "Hurry Hurry Baby", "Ain’t Rockin’ No More" et "Gal From Kokomo" se détachent, il ne parvient pas à renouer avec le succès populaire de ses débuts. |
| Roy BROWN signe alors chez Imperial et inscrit brièvement son nom dans les charts, grâce aux titres "Party Doll" et surtout "Let The Four Wind Blow", single qui se vend à plus d’un million d’exemplaires en 1957. | "Let The Four Wind Blow" | Mais suite à plusieurs procès contre des personnes qui spolient ses droits artistiques, dégoûté, Roy BROWN se retire peu à peu du circuit, pour finir dans les années 60 par faire du porte à porte pour vendre des encyclopédies dans la ville de Los Angeles, où il vit alors.
C’est grâce à Johnny OTIS, qui l’invite à participer au Festival Jazz de Monterey, que Roy BROWN renoue avec la scène en 1970. Alors que ses titres sont réédités, Roy BROWN semble effectuer un retour magistral, puisqu’il se produit un peu partout aux Etats Unis (Los Angeles, San Francisco, …) et même en Europe. Malheureusement en 1981, Roy BROWN décède d’une crise cardiaque, alors qu’il était encore quelques jours auparavant sur la scène du Jazz & Heritage Festival de la Nouvelle Orléans où il triomphait. Introduit la même année au Hall of Fame de la Blues Foundation, Roy BROWN n’aura pas eu le temps d’obtenir la reconnaissance qu’il méritait, au regard des nombreuses vocations qu’il a suscitées et de l’influence qu’il exerça sur de nombreux artistes (Little RICHARD, Elvis PRESLEY, B.B. KING, Big Joe TURNER, Freddy KING, Albert KING, …). Peut-être trop en avance sur son temps, pionnier du Rock’n Roll avec son alchimie réussie du chant Gospel et du Blues urbain, Roy BROWN et l’œuvre musicale qu’il nous a léguée, mérite sans aucun doute tout notre respect. Un des artistes essentiels dans l’histoire du Rhythm & Blues, pour comprendre l’évolution artistique que connut la musique populaire américaine de la fin des années 40 jusqu'au milieu des années 50, lorsque celle-ci prit les traits d’une Soul plus accessible à un large public. © texte NPO pour Abc Blues & Soul. Juillet 2009 | Je vous conseille de découvrir le style très original de Roy BROWN, au travers de l’album "Blues Deluxe", paru en 1991 sous le label Charly. Regroupant 24 titres enregistrés entre 1950 et 1953, cet album vous offre une première approche intéressante de l’œuvre de Roy BROWN, pour un budget vraiment serré. Car mélange de ballades et de boogies plus rythmés, "Blues Deluxe" explore toutes les facettes du style de Roy BROWN, avec des tonalités alliant le Gospel au Blues urbain, dans des interprétations portées par sa voix puissante et singulière. Toujours dans l’optique d’un budget serré, je vous suggère de compléter ce premier investissement, avec l’album "Mighty Mighty Man", paru en 1993 sous le label Ace. Car les 22 titres regroupés sur cet album, enregistrés entre 1953 et 1959, complèteront de façon judicieuse votre approche de l’œuvre de Roy BROWN, en vous offrant la possibilité d’élargir la période survolée de sa discographie. Si votre budget vous permet une dépense supplémentaire, je vous recommande de conclure votre rencontre artistique avec Roy BROWN, par le live "Good Rockin’ Tonight: Live in San Francisco", paru en 2005 sous le label Acrobat. Au travers des 7 titres de cet album, vous appréhenderez alors toute la force et l’intensité que dégageait chaque interprétation de Roy BROWN, lorsqu’il était sur scène. Enfin pour les passionnés, la série de 3 albums du label Classics, permet réellement de découvrir toutes les subtilités du mélange entre la sophistication des interprétations des crooners et le sens mélodique du Gospel que contiennent les titres du répertoire de Roy BROWN. Parus entre 2002 et 2004 et comprenant l’ensemble des titres enregistrés par Roy BROWN sur la période 1947/1953, ces 3 albums regroupent un total de 67 titres, qui devraient vous donner une vision exhaustive du talent de compositeur et d’interprète de Roy BROWN. Toute la beauté de ses textes à l’écriture imagée, ironique et délicate, ne devraient plus avoir de secret pour vous. De même que la beauté des modulations nonchalantes de sa voix puissante et singulière, qui transparait dans chacune de ses interprétations.
(lien commercial ci-dessous) Extraits de la totalité des titres de "Mighty Mighty Man!", ci-dessous. |