BB King attaque le set sans échauffement. Sur une version funky jazz cuivrée du “Every Day I have The Blues” de Memphis Slim. Le tempo est rapide et le premier solo révèle une « Lucille » au grain abrasif inhabituel comparé au cristal clair fourni depuis.
“Sweet Little Angel” arrive sans en avoir l’air, pianoté du bout des doigts pendant qu’un saxo bricole en sourdine dans son coin. C’est encore la Gibson qui lance les premières banderilles et la suite du morceau est un long crescendo tout en riffs de cuivres appuyés.
B.B se confesse ensuite sur sa version du “It’s My Own Fault” de John Lee Hooker, enchaînant des falsetti qui transportent le camp féminin jusqu’à un modèle de “call/response”.
En enchaînant sur “How Blue You Can Get”, B.B King boucle son medley personnel du thème universel, mais si distinctif du blues, de la grandeur et décadence amoureuse. Sa mise en garde introductive annonce d’ailleurs la couleur : une descente directe aux enfers. Et il le fait, le diable, en s’y prenant d’abord tout en douceur, dans le souffle d’un saxo cajoleur. C’est au passage du pont que la tension monte d’un cran, devient palpable, le King ne lâchant plus sa proie jusqu’à la fin du morceau.
Il accélère à nouveau sur “Please Love Me”, guitare en tête, avant l’entrée en rotation des cuivres. Le solo est tranchant et « Lucille » plus crunchy que jamais. A ce moment du concert, le groupe est si bouillant qu’il en arrive presque à couvrir la salle.
“You Upset Me Baby” swingue rock’n’roll, net et concis, sans un gramme de trop. B.B phrase des accords impeccables pendant l’envolée du saxo ténor.
“Worry Worry” feint l’accalmie avec une démonstration de jeu tout en retenue, lâchant ici où là de courtes salves annonciatrices du final qui fait à nouveau chavirer la salle pendant que la voix de B.B King vole au-dessus des braises.
A ce moment du show, Sonny Freeman sort ses roulements exotiques et “Woke Up This Morning” décolle quand B.B King replonge tout le monde dans le chaudron avec Lucille dans les reins et les cuivres qui poussent à fond.
Après une intro ciselée, c’est d’une voix épaissie qu’il confie le “You Done Lost Your Good Thing Now” pendant que les cuivres montent par pallier dans son dos.
Le show s’achève sur un “Help The Poor” souple et détendu, porté par une voix enveloppante qui ramène tout le monde au bercail.
A sa sortie, “Live At The Regal” a atteint la 6ème place des charts « Rhythm & Blues ». Curieusement, B.B King ne le place pas parmi ses préférés, tout en se rappelant que quelque chose de spécial s’était passé ce soir-là (ce qui en dit long quand on sait que l’homme donne ses 300 concerts par an depuis bientôt 50 ans !).
Doté d’une remasterisation efficace, le disque reconstitue à merveille le maelstrom musical de cette soirée magique. Un disque idéal pour s’offrir une ascension éclaire mais extatique du versant jubilatoire et sensuel du blues. Sans hésitation le site décerne la cote ABC au maître du blues.