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Artiste:

Junior WELLS

né Amos Blackmore WELLS le 09 décembre 1934 à Memphis, Tennessee. Décédé le 15 janvier 1998 à Chicago, Illinois.

Album: Hoodoo Man Blues

Enregistré les 22 et 23 septembre 1965.

Publié en novembre 1965.

Label: Delmark

14 titres

Durée: 46 min. 30' Cote: ABC

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Les Trésors d'Après J.C .

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L'Ile Déserte

Junior WELLS - Hoodoo Man Blues -

Enregistrement: les 22 et 23 septembre 1965

- Première parution: novembre 1965 - Label : Delmark

Personnel : Junior WELLS (voix, harmonica), Buddy GUY (guitare), Jack MYERS (basse), Billy WARREN (batterie).


Vous écoutez "Early in the Morning"

- interrompre ce lecteur avant d'écouter d'autres extraits -

Chicago, 4801, South Indiana Avenue. C’est la fermeture. Tous les clients sont partis. Au fond de ce long couloir encombré de chaises hétéroclites qu’est le Theresa’s, vous êtes assis au bar, perché sur un tabouret bancal. En vous penchant un peu vous pourriez attraper cette cigarette qui se consume, oubliée par le bassiste, en équilibre sur le bord du petit combo noir dont la membrane ébroue l’air moite. Les quatre musiciens ne s’occupent ni de l’heure ni de vous, dans cette salle rendue minuscule sous son plafond bas, depuis que le brouhaha l’a désertée. Maintenant c’est leur truc à eux, une dernière tournée, pour le plaisir.

Enveloppés d’une fumée bleue que dérangent à peine les pales du ventilateur en rotation lente, ils ont baissé un peu la sono et rentré les griffes. La serveuse vient juste de boucler le tiroir à flingues et s’occupe maintenant de mettre de l’ordre dans une forêt de bouteilles. Aux murs douteux, des reproductions de Carroll Doyle, une guirlande d’un ancien Noël qui court au dessus de photos en noir et blanc de Muddy et du Wolf. Le videur allume une cigarette. Il va attendre encore un peu pour ranger la salle.

C’est à ce moment-là que l’attaque à la charleston lance « Sctratch It Back And Hold iI » et fait vibrer les deniers glaçons de votre Crown Royal……

Voilà à quoi vous invite un des albums les plus saisissants que le blues nous ait donné. Pas forcément par hasard d’ailleurs. On est en 1965, et du côté de Chicago ce « Hoodoo Man Blues » est quasiment le premier vrai « Long Player » jamais enregistré. Quant à Junior Wells, c’est la première fois que lui se trouve en studio en tant que leader.

Stimulé par ce temps de jeu inespéré et une envie d’en découdre longtemps bridée, l’ancien sideman de Muddy Waters lâche ici les chiens sur douze titres nickel chrome enregistrés aux petits oignons par l’équipe Delmark. Faut dire que leur patron, Bob Koester, est un fan de Wells et que cette séance il l’a voulue plus que tout, sans ce soucier des ventes. Wells a pu choisir ses musiciens et ses titres. Aujourd’hui, il n’y a personne pour le regretter.

Une acoustique magique, une atmosphère palpable et quatre types déterminés qui gardent leur calme tout au long d’un orage de plus de 45 minutes. La West Side attitude dans toute sa classe. lire la suite ci-dessous

Ecouter

1. Snatch It Back and Hold It

2. Ships on the Ocean

3. Good Morning Little Schoolgirl

4. Hound Dog

5. In the Wee Small Hours of the Morning

6. Hey Lawdy Mama

7. Hoodoo Man Blues

8. Early in the Morning

9. We're Ready

10. You Don't Love Me, Baby

11. Chitlin Con Carne

12. Yonders Wall

13. Hoodoo Man Blues [Alternate Take]

14. Chitlin Con Carne [Alternate Take]

(extraits des 14 titres disponibles)

Acheter l'album


la suite:

« Sctratch It Back And Hold iI » démarre presque laid-back, mais sur une ligne méchamment funky, limite James Brown. Un riff choppé, solidement arrimé à la grille blues, qui monte et redescend jusqu’à l’effraction de l’harmonica qui se met soudain à zigzaguer entre les douze mesures comme un type pris sous le feu.

L’enchaînement sur « Ships On The Ocean », accolé à la suspension finale de « Scratch It », est un modèle de décélération. Un vieux truc de DJ pour se mettre une piste dans la poche et faire craquer les filles. Après avoir décoché quelques flèches courtes sur le premier morceau, Buddy Guy allonge un peu ses coups de pattes. Son phrasé aérien caresse la voix enjôleuse d’un Wells déjà chaud comme un coq.

« Good Morning Little Schoolgirl » inverse à nouveau les vitesses. Aucune autre version de ce standard de Sonny Boy Williamson n’atteint l’urgence malsaine de ces 3’50 de pure dépravation. Dès l’entame on sent que la gentille histoire va prendre une drôle de tournure. Le riff, d’abord joué avec le dos du couteau, devient de plus en plus nerveux, avec en final la voix de Wells qui s’éloigne comme un méchant avertissement sous un néon blafard.

Buddy Guy lance « Hound Dog » en tordant hargneusement sa note et aussitôt la rythmique s’affole. On croit voir les cymbales frétiller pendant que la basse de Myers commence à sérieusement rouler des mécaniques. Et Wells qui fait aboyer son Lee Oskar sans aucune équivoque.

L’alternance continue avec « In The Wee We Hours » joué mi clos jusqu’à ce que Wells et Guy entremêlent des lignes rougeoyantes. Et çà se durcît à nouveau sur « Hey Lawdy Mama », la guitare resserre les mailles et l’harmo rôde, comme le vent dans une tuyère.

« Hoodoo Man Blues » entame ce qu’était la face B du vinyle original. Moment d’anthologie. Un morceau proprement arraché aux forces malignes. Pensez donc. Wells s’était juré ne plus jamais le rejouer depuis ce jour de 1949 - il avait quinze ans – où, après l’avoir enregistré pour le label United, il l’avait apporté à Al Vincent, disc jockey vedette de Chicago. Il lui avait proposé toutes ses économies (25 dollars) pour qu’il le passe au moins une fois. Vincent avait saisi les billets et le disque pour tout balancer par terre avant d’écraser le microsillon à coup de talons. Alors, quand Bob Koester propose d’enregistrer « Hoodoo Man Blues », Junior Wells refuse. Et voilà que pendant que les deux discutent l’ampli de Buddy Guy rend l’âme alors qu’il s’échauffe tranquillement dans son coin. Faute de matériel de rechange dans le studio, Stu Black, l’ingénieur du son, propose de brancher la guitare directement dans la Leslie d’un orgue Hammond qui traîne par là. Buddy fait des essais sans que Koester et Wells – toujours en pleine négociation – s’occupent du résultat. Le titre est finalement enregistré avec cet étonnant son de guitare qui se répand en longues couches organiques derrière un Wells ricanant. Qui a parlé de Voodoo ?

« Early In The Morning » s’étire sur une ligne de basse entêtante et s’achève sur une dernière ruade de Buddy Guy après que Wells s’y soit remis à deux fois pour finir de piquer tout l’air du studio. Du coup c’est un « We’re Ready » haletant à souhait qui prend le relais.

Et la température ne redescendra plus. « You Don’t Love Me,Baby » alourdit les basses pendant que « Friendly Chap » - nom en forme de jeu de mot dont s’est affublé un Buddy Guy clandestin parce que sous contrat Chess - enchaîne des cocottes bourrées de groove. « Chitlin Con Carne » remet en route le motif funky du premier titre, cette fois pour une version instrumentale sur laquelle Wells peut dégrafer le col. Jusqu’au bout celui-ci ne lâchera rien, jappant encore sur cet ultime version du « Yonder Wall » d’Elmore James transcendée par la partie de basse turgescente d’un Jack Myers soudain habité.

Un album rare.

© texte J.C. LEGROS pour Abc Blues & Soul. Mars 2009

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