Né en 1939 à Duncan, Mississippi, Eddie C. CAMPBELL passe sa jeunesse à Chicago, dans le quartier difficile du South Side, après que ses parents, métayers, aient décidé de partir s’installer dans la Windy City alors qu’il n’a que six ans. Puis en 1947 sa mère lui offre sa première guitare et Eddie apprend à jouer de l’instrument en allant voir discrètement Muddy WATERS sur la scène du 1125, un club sur Madison Street. Il finit ainsi par acquérir une certaine aisance guitaristique et à douze ans, après avoir interprété le titre "Still a Fool" un soir devant Muddy WATERS, il convainc ce dernier de le laisser jouer au sein de sa formation. Eddie C. CAMPBELL joue alors régulièrement avec ses voisins et amis Luther ALLISON et Magic Sam, perfectionnant ainsi ses interprétations d’un Blues très marqué par le West Side Sound de Chicago. Mais artiste polyvalent, Eddie C. CAMPBELL devient également à cette époque, champion de karaté, boxeur amateur et motard chevronné, avec un look arborant une coiffure excentrique, qui n’a portant rien à envier à ses tenues et à sa guitare Jazzmaster rouge vif qu’il affiche fièrement attaché dans le dos. Au milieu des années 50, Eddie C. CAMPBELL joue maintenant aux côtés de Willie JAMES, Lyons Big MONROE, Luther ALLISON, le batteur Willie BRUCKNER et l’harmoniciste Pee Wee MADISON, avant de devenir quelques années plus tard, le sideman de nombreux bluesmen déjà reconnus, comme Lowell FULSON, Percy MAYFIELD, Tyronne DAVIS, Little WALTER ou encore Little Johnny TAYLOR. Puisant tour à tour, un phrasé, une tonalité ou une idée de titre lors de chacune de ses rencontres artistiques, Eddie C. CAMPBELL imagine déjà ce que seront son style et son répertoire. Il continue ainsi sa quête d’inspirations en jouant avec les plus grands noms du circuit, comme Muddy WATERS, Howlin’ Wolf, Otis RUSH, Mighty Joe YOUNG, Freddie King ou encore Magic Sam, bluesman qui influencera fortement le jeu à la guitare d’Eddie C. CAMPBELL. En 1963, il devient le leader de la formation de Jimmy REED et ce jusqu’au décès de ce dernier qui surviendra en 1976. Puis il joue aux côtés de Koko TAYLOR avant d’être présenté à Willie DIXON, qui le recrute à la fin de l’année 1976 pour intégrer le Chicago Blues All-Stars. Durant cette collaboration, qui durera au total quatre ans, Eddie C. CAMPBELL enregistre son premier album solo, "King of The Jungle", accompagné pour l’occasion de certains des musiciens de Willie DIXON, comme l’harmoniciste Carey BELL, le pianiste Lafayette LEAKE, et du bassiste Bob STROGER ainsi que de Clifton JAMES à la batterie. Paru en 1977 sous le label de Steve WISNER, Blues M., cet album réédité depuis chez Rooster en 1985, est considéré aujourd’hui comme l’une des références du West Side Sound, aux côtés des œuvres majeures de Magic Sam, de Buddy GUY et d’Otis RUSH. Regroupant des titres de Muddy WATERS, Percy MAYFIELD, Magic Sam, Willie MABON et quatre compositions personnelles, "King of The Jungle" montre toute l’étendue des qualités vocales et guitaristiques d’Eddie C. CAMPBELL, au travers douze interprétations sincères et intenses. Mais en 1979, après avoir joué pour la première fois en Europe avec l’American Blues Legends Tour, des problèmes judiciaires aux Etats-Unis contraignent Eddie C. CAMPBELL à rester sur le vieux continent. On le retrouve ainsi d’abord en Angleterre, en Hollande, puis en Allemagne et enfin en France, où il devient un habitué des grands festivals de blues. Durant cette époque, alors qu’il se trouve à Amsterdam, Eddie C. CAMPBELL enregistre avec un groupe néerlandais son nouvel album, "Let’s Pick It", qui paru en 1984 sous le label Black Magic, a été réédité en 1993 chez Evidence. Entre les reprises d’Albert King, de Jimmy REED, de Jimmie Lee ROBINSON et de Magic Sam, Eddie C. CAMPBELL glisse 6 compositions personnelles sur ce nouvel album, qui laissent entrevoir l’ascension artistique qu’il est entrain de réaliser. Durant son séjour forcé en Europe, Eddie C. CAMPBELL joue également avec l’orchestre Tao et l’excellent harmoniciste Vincent BUCHER, collaborations qui ne donneront malheureusement naissance à aucun enregistrement. En 1992, pour la naissance de son fils, Eddie C. CAMPBELL rentre aux Etats Unis, et après cet heureux évènement il se remet rapidement au travail, tout en se produisant régulièrement sur toutes les scènes autour de Chicago. Il sort ainsi dès 1994 un nouvel album sous le label Blind Pig, "That's When I Know", qui regroupe onze compositions personnelles. Cet album illustre parfaitement l’épopée européenne d’Eddie CAMPBELL, qui l’esprit en paix, a enrichi ses textes grâce à des talents de compositeur qui semblent encore avoir mûris. Les titres "Sister Taught Me Guitar", "Sleep", "Busted" et le mystique "Son of Sons" en témoignent. Ainsi, malgré une trop modeste carrière américaine, Eddie C. CAMPBELL est devenu l’un des artistes majeurs du Chicago Blues moderne. Car, avec son jeu à la guitare-lead, capable par son agilité de mêler les phrasés d’accompagnements aux rythmiques sous-jacentes, ses capacités d’écritures et sa voix impérieuse, il est évident qu’Eddie C. CAMPBELL peut encore amener beaucoup à la culture musicale du Blues. Cela se confirme en 1999, lorsque Eddie C. CAMPBELL grave l’album "Gonna Be Alright" pour le label Icehouse, sur lequel onze nouvelles compositions traduisent effectivement la place majeure qu’il se doit d’occuper à présent dans le circuit du Blues de Chicago. Dix ans plus tard, après de nombreuses prestations sur scène et une carrière restée modeste, Eddie C. CAMPBELL prouve une nouvelle fois que le Blues du West Side ne s’improvise pas, et qu’il ne suffit pas de vouloir l’interpréter pour lui rester fidèle. Lui y parvient à nouveau sur son nouvel album, "Tear This World Up" (Delmark), grâce à ses talents de musicien qui ont su se nourrir de chacune de ses expériences artistiques passées. Elles lui ont permis en effet de parvenir à transposer dans ses interprétations toutes les intonations originelles du style et de rester le plus fidèle possible aux racines du West Side Sound. Si l’Amérique n’a pas encore reconnu à sa juste valeur les talents d’Eddie C. CAMPBELL, nous pourrons bientôt corriger cette injustice, du moins en France, car Eddie C. CAMPBELL sera sur scène le 13 novembre 2009, à la Maison Pour Tous Gérard Philippe de Villejuif (94). Un grand moment en perspective! © texte NPO pour Abc Blues & Soul. Août 2009
| Je vous conseille de découvrir l’univers West Side Sound d’Eddie C. CAMPBELL, au travers de l’album "Let’s Pick It", paru en 1984 sous le label Black Magic. Réédité depuis chez Evidence (1993), cet album qui regroupe des reprises et des titres originaux de l’artiste, vous permettra non seulement de découvrir le talent d’interprétation d’Eddie C. CAMPBELL, mais également celui de compositeur, avec un total de 6 titres écrits pour l’occasion. Son jeu agile et rapide à la guitare, ainsi que sa voix envoutante, ne devraient plus avoir de secret pour vous, après l’écoute de "Let’s Pick It". Si votre budget vous permet une dépense supplémentaire, je vous suggère d’enchaîner avec les albums "That's When I Know" et/ou "Tear This World Up", paru respectivement en 1994 et 2009, sous les labels Blind Pig et DelmarK. Avec un total de 11 ou 14 titres, selon l’album, vous devriez succomber définitivement à la richesse des textes d’Eddie C. CAMPBELL, avec pas moins de 11 compositions personnelles sur "That’s When I Know" et 9 pour "Tear This World Up". Si vous pouvez vous permettre l’acquisition simultanée de ces deux albums, vous pourrez alors également apprécier le chemin artistique parcouru par Eddie C. CAMPBELL en l’espace de 15 ans, durée qui sépare la sortie de ces deux opus.
Enfin pour les passionnés, et malgré son prix prohibitif à l’heure où je rédige ces lignes, l’album "King of the Jungle", reste l’œuvre incontournable de la discographie d’Eddie C. CAMPBELL. Paru en 1977, et premier enregistrement solo de notre bluesman, cet album considéré aujourd’hui comme l’une des œuvres majeures du West Side Sound, mérite largement cette reconnaissance, avec 12 interprétations intenses et authentiques d’Eddie C. CAMPBELL. (lien commercial ci-dessous) Extraits de la totalité des titres de "Let's Pick It" et de "King of the Jungle", ci-dessous.
Extraits de la totalité des titres de "Let's Pick It" et de "King of the Jungle", ci-dessous. |